samedi 10 avril 2010

Ma canne pis la canne de "La canne"




Hier, en sirotant un p’tit remontant, (j'avais ben besoin d'un remontant parce que j'étais assis pareil comme quand tu veut voir ce qu’on peut pas voir sans miroir) Bref, ben assis sur les reins le coxis renfoncé dans d’la babiche tressé d’une chaise de bois qui craque en même temps que le feu de camp. Était-ce la nostalgie qui riait de moi ou bedon l’ennui qui me gagnais mais je filais pareil comme quand on débarque sur une île en pleine nuit d’une chaloupe pis qu’on oubli de l’attacher...

« Ste crucifix de grosse crisse d’hache à refendre aussi » Direct entre le gros orteil pis le mollet... Le foreman voulait faire travailler son fisse au chantier cet hivers. Moé j’ai pas de problème avec ça mais y’aurait au moins pu nous le dire qu’il était aveugle... Une chance, c’est juste mon pied qui a été touché, y’était dans ma botte. Le problème c’est que ma botte était en deux parties. Pis y a une de ses deux parties là qu’était pus attaché après moé...

J’entend encore les cris strident du grand Suif : « Y t’a couper le pied!!! Y t’a couper le pied!!! Y t’a couper le pied!!! Y t’a couper le pied!!! Y T’A COUPER LE PIED !!! C’est pas mêlant, yé tombé sans connaissance ( C’était pas bien bien dur, le grand Suif ya pas d’instruisance et par le fait même, pas de connaissance.) En tout les cas, pour ceux qui n’auraient pas compris yé tombé dret là, y a fait la penture comme on dit icite. Une chance que j’avais un peu d’eau dans ma gourde en crain. Je dévisse le bouchon avec mon pied qui me restait pis j’envois l’eau pis la bave de mon fond de gourde dans la face à Suif. L’odeur l’a réveillé tusuite y pensait que c’était sa femme qui voulait se faire prendre...

J’ai dit à Suif : « Tu vas poigné le fisse du foreman pis tu vas essayé de me faire un garot avec. » S’te pauvre Suif, y était un peu sous le choc, y revire la sleg de bord pis y sort ses cartes là y dit au fisse du foreman des brasser) Ça en as pas pris plus pour que je comprenne qu’il avait pas bien compris les consigne. C’est parce que Suif, y a un don de voyance pis de temps en temps, y nous tire au tarot. Y avait compris de tirer le fisse du foreman au tarot. J’me reprend pis j’y dit : « Suif, serre tes cartes pis trouve moi une corde ou bedon une patente pour arrêter le sang de couler de ma patte. » Fait que là y poigne ma moitié de botte dans laquelle y avait ma moitié de pied pis y délace le lacet. Heille, j’étais fier de Suif, y m’avait trouvé un bo garot. Une chance que j’étais là il avait les mains pleins de pouce (il avait vraiment les mains pleins de pouces c’était un problème congénital, dix pouces pour vous servir mesdames) et dans l’énervement, il ne se rappelait plus si c’était l’oreil de lapin sous la corde à linge ou bedon l’inverse...

Vous imaginez que j’étais dans tout mes états quand le fisse du foreman a voulu se rendre utile. J’ai essayé de demeurer poli et courtois pis je lui lance : Heille, « la canne» (on l’appelait de même parce qu’il avait toujours l’air pardu pis y se promenait avec une canne) tu trouve pas que tu as assez braser de marde aujourd’hui tu m’a couper le pied pis ma botte aussi m’écriais-je. C’est là où il m’a confier son problème. Les bras m’en ont tombés quand il m’a dit qu’il avait lui aussi comme Suif un problème congénital. Il était né avec quatre yeux, deux fonctionnels et deux non fonctionels. Le petit « hick » c’était que ces deux yeux fonctionnels se trouvent sous son pantalon juste en haut de ses genoux. J’ai été émeu lorsqu’il m’a dit que par peur d’avoir froid en ces jours de Décembre il devait mettre des combine de laine en plus de ses culotes. Avec ses pantalons usés à la hauteur des genoux il pouvait dissimuler des ombres et des lumières mais conséquemment, l’ajout de combine de laine obstruait sa vision de façon telle que la noirceur lui avait étouffé la vue.

Je pouvais m’imaginer dans la peau de « La canne » pilotant son corps avec des yeux à la place des genoux. Il pouvait bien ne pas être agile. Il s’était écouler plusieurs heures et beaucoup de litre de sang depuis le tragique incident du coup d’hache et j’avoue q’à ce moment bien précis je me suis dit en moi-même: « Voilà, je suis confronté a ce que peu d’homme peuvent subir sans mourir je vais me concentrer pour produire du sang dans mon organisme » Ce que, vous-vous doutez n’a pas fonctionné. Certains sages ont dit : « en situation de crise, garde ton sang froid. » Ce que j’ai réussi a faire à merveille car mon sang se conservait dans la neige. Était-ce un éclair de génie, un miracle ou simplement le destin qui décidait que le destin de la canne et le mien devait s’unir, je ne sait pas. Le grand Suif sorti son couteau, il empoigna « la canne », le maîtrisa par terre sous un cheval de traie et fit ce qu’il avait été fait pour faire. De ses mains pleines de pouces, il pris la hache à refendre et d’un coup, lui coupa le pied à la hauteur de la cheville. Il se dépêcha de m’aligné ma jambe coupé sur la sienne pris mon lacet et nous cousûmes ensemble afin que son sang puisse me faire vivre.

Dans sa maladresse, Suif pensa sacrifier le fisse de foreman, dit « la canne », pour me faire vivre, ce qui était très légitime compte tenu de la situation. Mais à la place, il fit de nous deux un être à part entière lié par un pied.

Plus jamais les choses ne seront pareils...

Voici les points positifs observés :
- Je suis maintenant attaché au foreman par le biais de son fisse, ce qui assure mon emploi.
- J’ai maintenant des yeux au niveau de ses genoux (malgré que ceci ne me permet pas de voir dedans.)
- Notre état ne nous permet plus le travail de bras.
- J’ai plus besoin de miroir pour voir ce que l’on ne peut pas voir c’est « La canne » qui me dit comment c’est fait.

Voici les points négatifs observés :
- Problème de posture surtout assis sur une chaise.
- La course à pied est à proscrire de même que la danse en ligne.
- Enfiler un pantalon est un explois rocambolesque

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire