samedi 10 avril 2010

Le mystérieux mystère de "la Grand marche"




Le Pâdré de Saintétole (dépêcher par nul autre que l’abé Pissette) est arrivé vers les cinq heures et cinq du matin. Les gars penses qu’y vient pour nous absoudre de nos péchés pis donner l’extrême onction aux malades. Aujourd’hui dimanche, dans le campe épis aux alentours, l’atmosphère est au recueillement.

C’est Ernesto Bérubé dit Timoine qui là fait dépêcher. Ben en fait c’est le boucher de la place dit Farnand épis Rosario Labranche dit Tumouche qui ont suggéré à Timoine d’écrire au Pâdré de Saintétole. Ben en fait c’est moé qui a dit à Tumouche épis à Farnand de parler à Timoine de ce que pourquoi qui faut faire venir le Pâdré.

Timoine, Farnand épis Tumouches, c’est des compagnons de couchettes. Icite au campe on dors trois de haut : Tumouche couche en haut, Timoine couche dans le milieux pis Farnand couche en bas parce qu’il a l’enjambé courte. Comme on dit par icite, yé pas greillé pour courir dans la fardoche épis le cotoyage. Fait que c’est pour ça qu’il est boucher, yavait pas le choix.

Icite dans le bois, les péchés sont choses communes : les jurons et les vices de toutes sortes sont de coutumance. Disons, qu’il faut vivre avec le péché sur la conscience. Mais la conscience, c’est comme une canisse de tabac, je m’explique : c’est légers quand c’est vide. C’est lourd quand c’est plein. On peut mettre un couvert dessus. De loin, y se ressemble toutes. Y’a pas toujours du tabac dedans. De par sa grosseur, la canisse tout comme la conscience est limité par l’espace. Exemple, on ne peut pas mettre une barate de beurre dedans. Mais là ou je veux en venir c’est que tu as ben beau la laver pis la relaver pis la faire chesser pis l’arlaver, ça vas toujours sentir le tabac dedans. C’est idem pour la conscience, quand le péché est trop gros ou bedon qu’il y en a trop, faut faire venir le pâdré de Saintétole au campe. Ça nous déculpabilise sur le coup pi tipeu à tipeu, on recommence à la remplir.

Ça faisait ben dix fois que Tumouche prenais « la grand marche » pour descendre de son lit de sapinage c’te semaine. Prendre la grand marche pour ceux qui ne le savent pas c’est pareil que débouler en bas de son lit; je m’explique : comme on a pas le temps de prendre toutes les barreaux de l’échelle quand on déboule, c’est comme si y’avait juste une marche et dépendamment la hauteur de la chute, cette marche est plus ou moins grande selon le cas. Le problème, c’est qui voulait pas nécessairement descendre pis encore moins en dormant. Comme je le vous disais, Tumouche dors en haut pis yé grand pis maigre fait que quand y tombe en bas, ça fait comme un bruit sec sul prélar. Pis les bruit sec, ça, ben ça réveille Farnand. Tout le monde dans le campe sait que Farnand yé prime. Yé prime en crisse comme on dit icite. Yavarti pas, y dégaine tout de suite. C’est une vrai machine à bine. Tu y dit bine pis avant que tu ais fini de dire le « e » de bine tu as déjà une bine sul bras ou bedon là déyousse que son poing est arrivé.

Pis quand Farnand s’réveille, ça réveille tout le monde. Ça réveille tout le monde parce que quand qui sort de son sommeil, Farnand a tendance à se lever dret yinque d’une shotte pis y se trouve à se péter la le front en dessour du grabat à Timoine. Ceci le contrari un peu et par conséquent, sans avertir, aussi subitement que la névrisse surprenant le pauvre mortel, y te dégaine une mornifle su Tumouche. Quand ça fait dix fois dans la semaine que Farnand se pête le front. Quand ça fait quinze fois que Tumouche encaisse les coups, on se ramasse avec un boucher magané du desus des yeux pis un Tumouche narveux.

Jusque là, tout le monde mettait la faute su ste pauvre Tumouche. Mais moé, avec ma perspicacité pis mes insomnies et aussi à la demande des deux éclopés, j’ai décidé de faire la watche une nuite de la semaine passé afin de comprendre le comment du pourquoi et le qui du où.
Je m’étais assis sur une chaise barçante à un château, pour faire le moins de bruits possible. Tout le monde sais que deux château de bercante ça fait deux fois plus de bruit que juste un. C’était un peu instable mais c’était le prix à payer pour élucider « le mystérieux mystère de la grand marche ».
Une ambiance feutrée régnait dans le campement endormi. La braise ardente chauffait à bloc le poêle à bois Lesieur. Les bas d’ouvrages chessant sur la corde a linge installée à la mode de l’Ouest embaumait l’air d’un parfum nonobstant. Dehors, la lune pleine, créait une mi-pénombre réconfortante à l’intérieur. On pouvait discerner parmis les nombreux ronflements, les ronflements gras en cascade d’Élzéor Boutin. « Le Gueilleux » comme on l’appelle. Pour faire une histoire courte, juste pour vous en glisser un mot, Gueilleux c’est le gars le plus bégueilleux que j’ai vu (ou que j’ai entendu devrais-je dire) de ma vie. Non seulement y bégueille en parlant pis en chantant, y bégueille en ronflant. À matin, c’est pas mêlant, en se levant on l’entend dire ous ous ous ous ous ous... pis à midi ya pas encore feni sa phrase on l’entend : que que que que que que que ..... Pis au break de l’après midi on l’entend : jai jai jai jai jai jai jai jai jai ....Pis au souper on l’entend encore : mis mis mis mis mis mis mis mis mis.... C’est pas mêlant grand pâpâ a eu le temps d’acorder ses musiques à bouches sur la note Mi du « gueilleux »... Épis après le gin d’après souper : mes mes mes mes mes mes mes mes mes mes.... pis quand on se couche on l’entend encore mais là on est comme tanné : bas bas bas bas bas bas bas bas bas bas bas bas bas... Pis on tapercoit dans le coin à côté de la table le fisse du Foreman avec les bas du « Gueilleux » Osti, vous ne me crèré peut-être pas mais ste crisse de fisse de Foreman là avait caché les bas du gueilleux dans sa cannisse de tabac. Nu otres, icite au campe, des jokes demême; de rire des infirmes comme ça, ben nus otre dans le bois, on trouve ça ben drôle. Fait que ce soir là, on s’est toute eurgarder dans le campement à part Gueilleux pis on s’est toute faite un clin d’œil... Gérard, « le tenancier » comme on l’appelle icite parce que c’est le meilleur pour faire les drink à pentures. Fait que Gérard à sorti le gin de pauvre pis sa cire à soulier pis sa tranche de pain pis ya malaxé toute ça pour « Gueilleux ». Gueilleux s’est pas obstiné pantoute pour boire le mélange, faut dire qu’a dix gars, on était assez persuasif. Quand il là eu toute bu, on a compter jus qu’a dix dans un décompte enivrant. Be ding, Gueilleux à fait la penture jusqu’a terre. Fait qu’on sort les bas du Gueilleux pis on prend une cuillère de bois pis on y rentre les bas dans le fond de la gorge en espérant qui vont y bloquer la voix.... En effet, depuis ce jours, on l’entend plus parlé mais y respire fort en six bols. De là les ronflements en cascade.

Y devait être à peu près deux heures trente six, ben je dit à peu près parce que je ne pouvais pas voir l’horloge à cause des bas qui était suce pendus après l’horloge. Une chose est sûre, il était passé deux heures et demi du matin parce que le coucou avait chanté six fois passé deux heures. Ça ne prend pas la tête à Papino pour comprendre ça... Tout d’un coup, un léger fourmillement dans les pieds. Puis ça s’intensifie pis ça prend des allures de trot pis de galop épis de grand galop. Pareil comme quand on se couchait sur une track de chemin de fer quand on était jeune parce qu’on voulait voir le desour de la locomotive à vapeur. Dans ma tête, pleins d’images de tourmente, je pense aux esprits épis pis aux tremblements de terre à la fin du monde... Mais, juste quand j’allais me tirer en dessour de la couchette au cas où le plafond nous tombe su la tête j’y tapercu la face tout crispé de Timoine dans la mi-pénombre pleine lunienne. Yétait aussi crispé qu’un démon se consumant dans les feux de l’enfer. Pis y chéquait tellement fort pis tellement vite qu’il était pas capable de retenir son corp pis ses bras. Fait que ni une ni deux, je me lance su Timoine pour essayer de l’arrêter mais je ne me doutait pas que Tumouche allait me tomber dessus. Tumouche y dors dûr pis après cinq menutes, léger comme il est, ya tasser d’un pouce à seconde envers la Grand marche épis bedingbedang de beding de bedang vla Tumouche qui me tombe sur la tête. Jusque là j’étais encore corect mais quand Farnand s’est réveillé d’un coup sec, y s’est pété léquimauve sur le dessour de la couchette à Timoine, y m’a pris pour Tumouche pis vlan dans les dents. Ben je dit dans les dents en fait c’était plus sur la bouche une chance que mes dents trempais dans ma canisse de tabac. Y m’aurait péter le partiel.
Dans cette embardé nuptiale, la couvarte de catalogne de Timoine glisse à terre pis j’y t’aperçoit Timoine pus de canisson à paneaux. Y se tenait le muscle défendu à deux mains pareil comme un possédé. C’est là que j’ai pris la décision de parler à Tumouche épis à Farnand de parler à Timoine de ce que pourquoi qui faut faire venir le Pâdré de Saintétole. Fait que c’est pour ça qu’aujourd’hui dimanche, dans le campe épis aux alentours, l’atmosphère est au recueillement.

La frédure



La frédure est poigné au campe, ben je dis au campe... (Quand je dit au campe ça veut dire dans le campe pis dehors aussi.) Icitte dans le fin fond des bois, au Nord du Nord, le fret est glacial et menaçant. Y fait tellement frette que le foreman nous as interdit de travailler plus que douze heures en ligne.

Enfin, un foreman qui prend soin de ses gars. Hier j’étais en train de bûcher un gros pin blanc de 4 garsdetour. Ça c’est une unité de mesure de grosseur d’arbre : ça veut dire que ça prend 4 gars pour faire le tour en se tenant les mains. Mais nus ôtre dans le bois, les rapprochements, on aime pas ben ben ça fait qu’on aime mieux compter en garsdépauleàépaule c’est moins écoeurant fait que tout ça pour dire que 4 garsdetour ça équivaut si on tchèque dans la chartes de conversion à 9 gars garsdépauleàépaule. Vous pouvez vous imaginer que c’était un arbre à peu près arrivé à maturité. Si j’en reviens à ce que je vous disais, pour ne pas m’épivarder, j’étais en train de bûcher ste pin blanc là dret comme comme un mât de de tononnier.

Ça faisait à peu près sept heure que moé pis Rosario Labranche dit « le grand tumouche » on l’appelle demême parce qu’il n’y a pas parsonne en dix vies qu’y a déjà vus un gars tuer les mouches aussi vite que lui. Ya des oreilles trans-cosmiques, les mouches, yé entends je ne vous ment pas, à 1 mile et demi de distances. Pis ya des grandes mains plates pis moles... pis des bras longs comme des pivoines... pas de tuteurs : Quand yé deboute, ses majeurs y arrivent aux chevilles. Vous allez dire que j’exagère mais si vous le croisez vous allez comprendre. Nus ôtres dans le bois, on pense que le bon Dieu là fait pour les tuer les sacrements de mouches sales comme on les appelles par icite. Quand on y dit ça au « grand Tumouche » y nous dit simplement qui s’est pris les mains dans la laveuse à tordeur quand yétait flot pis ya tiré assez fort que les bras y ont rallongé. De fil en aiguille, je m’écarte un peu mais je voulais simplement que vous puissez visualiser le personnage qu’était mon helper d’hier.

Pour en revenir à nos moutons, ou plutôt à nos pin blanc, ça faisait sept heures que l’on essayais moi pis le « grand Tumouche » de mettre à terre ste gros arbre là. On était à la hache pis au godendart pis à la hache pis au godendart. Y faisait dehors moins 87 en degré ciel suce je ne vous ment pas, on inspirait de l’air fret pis de la neige qui tombait des branches pis on expirait de la glace. Et à vrais dire, on était un peu exténuer et du fait, on y mettait les bouchées doubles : Tumouche sciottait avec le godendart de la main droite pis hachais de la main gauche, je vous le dit, ce n’était plus un humain, c’était devenu une machine-outil. Pis un moment donné, plus rien, le silence. Fait que moé avec toute ma spontanéïté, je lâche ma pipe pis ma sandwiche de ballonné gelé, j’enlève ma couvarte de catalogne, j’me lève debout pis là quand ça là arrêté de tourner, et que mes yeux on finalement fini par faire focus, j’ai taperçu Tumouche pareil comme une statue de sel. Yétais gelé dure deboute, et en plein élan de hachage, et dû à l’inertie de sa hache plombé, le bras y a coupé sec en bas d l’humérus. Fait que ni une ni deux, je prend la veste à carreaux que Tumouche m’avais prêté et je l’enfroque comme je peux, histoire de le réchauffer et ainsi éviter l’hypothermie. Courageux comme un galérien et valeureux tel un stoïcien, je monte Tumouche sur mon dos et je marche envers le campe qui était a quelque pas de là. À ce moment précis, j’ai su que le sauvetage de Tumouche reposait sur mes épaules.

La prison d’la grand saison





"La prison ce n’est pas des murs, ni des gros bras, ni d’la mauvaise bouffe, ni des couvres feux..."

Icitte dans le bois, la prison, not prison, c’est plus grand que ça c’est plus gros que ça et c’est plus fret que ça. Depuis deux mois la neige nous as cernés, encerclés, clouâtré. Mâ dire comme les gars d’icite : « On vient rien que d’arrivé, on se voit encore dans le reflet de not hache neuve pis on a déjà hâte à drave. » Le vent a venté, le fret à fretté pis nos nez ont coulés pareil comme le gros Boulet su a rivière pitchoum vous vous en rappelez. Partout dans les chemins, la neige a neigé : 6 pieds de froideur, étoufant arbrisseaux et plante aborigène.

Puis un jour, aussi soudainement que temporellement, tel un bon coup de diarrhée volcanique (Dieux sait que not alimentation est tarabiscoté de féculents pâteux épis de couenne de lard salé, la diarrhée que l’on appelle ici « la grand vague brune » est à nos portes pour ne pas dire à nos panneaux) Enfin, en ces journées de décembre, nous arrivent le grand blues de Noël et je ne parle pas de la chanson. La « ritournoële » que ça s’appelle. En bon Canayen Français, ça veut dire qu’on déserterais ben le campe une secousse... histoire d’aller voir nos femmes épis de (faudrait pas que le curé voit ce qui est écris en arrière de c’te parenthèse). Peu importe, icite, la «ritournoële» est de retour comme à tout les ans.

C’est évident, icite dans le bois, on essaye de pas le faire paraître devant les gars mais des fois, quand on souffle la chandelle le soir après la ponce de 6 heure, on entend ernifler pis c’est pas à cause de la grippe. Les gars sont triste y pensent à leu créatures, à leu enfants qui voyent plus grandir le temps d’une saison, « la grand saison ». Comme y disent : « On part, y sont couchés pis on revient pis y sont à quatre pattes » (y = nos enfants). Non mais j’aime autant faire des éclaircissement parce qu’on sait jamais quand tèsse qu’il y a un membre du clergé qui va tombé là-dessus.

La grand saison est ben prise épis le campe sent la ritournoël. Pour nous faire plaisir pis pour mettre le campe dans l’esprit de noël, Goulache le gars de l’entretien, a pris un peu de sapinage en dessous de son grabat pis ya fait un bouquet en forme de sapin. Y a attaché ça avec de la ficelle de bogey en dessour du St- Jude de plâtre dans le coin à côté des pôt de chambre. On se croîerait à grand messe de menuit tellement c’est beau. On veille autour de t’ca en silence en se bercant pareil comme y avait de quoi de sacré qui se passerait. Pis ça sent bon à part de ça parce qu’il a vidé sa canisse d’eau de Cologne de Paris dessus. Ben on sait pas trop si c’est l’eau de Cologne qui sent ça ou bedon les tipôt mais on se pose pas trop de question parce qu’icite dans notre modeste logis, les odeurs vagabondent et s’entremélangent pour former ce parfum soit disant non négligable. Disons si je peut me le permettre, que des fois entre les pitounes des mûrs, y a des interstices ousqui manque d’étoupe épis y a parsonne qui veut étancher l’air frais qui rentre.

Si c’était pas des les histoires d’horreur que l’on entend de part et d’autre et que l’on ne sait ni vrai ni fausse, je serait déjà parti avec ma réguine comme ces courageux mort. Une chance que je n’ais plus de bas propre car l’idée de prendre le large ou la poudre d’escampette si vous préférer me tiragouine l’esprit. Tous ceux qui connaissent un peu les rigueurs de l’hivers savent bien que des bas sales c’est humide pis qui dit humide pis fret, dit jambe gelé ou « syndrome de la canne blanche ».Pis qui dit « canne blanche », dit garôt. Pis qui dit garôt, dit couteau sale. Pis qui dit garot pis couteau sale pis fret pis bas humide pis baboche pis boucher dit amputation de la jambe et par conséquant gros bobo et peut-être gangraine.


On est à dix jour de Noël pis je me sent comme épivardé dans mes souvenances. J’me rappelle le temps ou on russisait à farmer la « courte saison » (Ça c’est l’été pis l’automne ensemble) avec une belle récolte. Nos caveau à patate était plein de patate not garde manger était plein de manger épis nos bas de laine avait moins de trous qu’aujourd’hui. Si seulement j’avais pas vendus mes dix arpent de terre défriché à bras d’homme par mon pére! Si seulement j’avais eu moins de goût pour le jeu et plus de chance au cartes je serait pas là en train de d’écrire ça...

Entécas, vous autres en bas, savourer vos fêtes à grande bouchés. Embrassez pis collez surtout vos femmes de ma part serrez les juste assez pour pas le curé vous remarques. Regardez vos enfants naître pis ramper pis marcher à quatre pattes pis pousser des chaises pis tomber pis pleurer pis seurlever pis retomber pis pleurer pis seurlever, pis marcher pis eurnifler pis tousser pis faire des caca pis du vomis partout sul prelar ciré...

Le soir de Noël, regardez au Nord, non plus haut que ça, juste en dessour de l’étoile du Nord pis penser au canayens comme moé poigné icite dans « la prison d’la grand saison »...

Ma canne pis la canne de "La canne"




Hier, en sirotant un p’tit remontant, (j'avais ben besoin d'un remontant parce que j'étais assis pareil comme quand tu veut voir ce qu’on peut pas voir sans miroir) Bref, ben assis sur les reins le coxis renfoncé dans d’la babiche tressé d’une chaise de bois qui craque en même temps que le feu de camp. Était-ce la nostalgie qui riait de moi ou bedon l’ennui qui me gagnais mais je filais pareil comme quand on débarque sur une île en pleine nuit d’une chaloupe pis qu’on oubli de l’attacher...

« Ste crucifix de grosse crisse d’hache à refendre aussi » Direct entre le gros orteil pis le mollet... Le foreman voulait faire travailler son fisse au chantier cet hivers. Moé j’ai pas de problème avec ça mais y’aurait au moins pu nous le dire qu’il était aveugle... Une chance, c’est juste mon pied qui a été touché, y’était dans ma botte. Le problème c’est que ma botte était en deux parties. Pis y a une de ses deux parties là qu’était pus attaché après moé...

J’entend encore les cris strident du grand Suif : « Y t’a couper le pied!!! Y t’a couper le pied!!! Y t’a couper le pied!!! Y t’a couper le pied!!! Y T’A COUPER LE PIED !!! C’est pas mêlant, yé tombé sans connaissance ( C’était pas bien bien dur, le grand Suif ya pas d’instruisance et par le fait même, pas de connaissance.) En tout les cas, pour ceux qui n’auraient pas compris yé tombé dret là, y a fait la penture comme on dit icite. Une chance que j’avais un peu d’eau dans ma gourde en crain. Je dévisse le bouchon avec mon pied qui me restait pis j’envois l’eau pis la bave de mon fond de gourde dans la face à Suif. L’odeur l’a réveillé tusuite y pensait que c’était sa femme qui voulait se faire prendre...

J’ai dit à Suif : « Tu vas poigné le fisse du foreman pis tu vas essayé de me faire un garot avec. » S’te pauvre Suif, y était un peu sous le choc, y revire la sleg de bord pis y sort ses cartes là y dit au fisse du foreman des brasser) Ça en as pas pris plus pour que je comprenne qu’il avait pas bien compris les consigne. C’est parce que Suif, y a un don de voyance pis de temps en temps, y nous tire au tarot. Y avait compris de tirer le fisse du foreman au tarot. J’me reprend pis j’y dit : « Suif, serre tes cartes pis trouve moi une corde ou bedon une patente pour arrêter le sang de couler de ma patte. » Fait que là y poigne ma moitié de botte dans laquelle y avait ma moitié de pied pis y délace le lacet. Heille, j’étais fier de Suif, y m’avait trouvé un bo garot. Une chance que j’étais là il avait les mains pleins de pouce (il avait vraiment les mains pleins de pouces c’était un problème congénital, dix pouces pour vous servir mesdames) et dans l’énervement, il ne se rappelait plus si c’était l’oreil de lapin sous la corde à linge ou bedon l’inverse...

Vous imaginez que j’étais dans tout mes états quand le fisse du foreman a voulu se rendre utile. J’ai essayé de demeurer poli et courtois pis je lui lance : Heille, « la canne» (on l’appelait de même parce qu’il avait toujours l’air pardu pis y se promenait avec une canne) tu trouve pas que tu as assez braser de marde aujourd’hui tu m’a couper le pied pis ma botte aussi m’écriais-je. C’est là où il m’a confier son problème. Les bras m’en ont tombés quand il m’a dit qu’il avait lui aussi comme Suif un problème congénital. Il était né avec quatre yeux, deux fonctionnels et deux non fonctionels. Le petit « hick » c’était que ces deux yeux fonctionnels se trouvent sous son pantalon juste en haut de ses genoux. J’ai été émeu lorsqu’il m’a dit que par peur d’avoir froid en ces jours de Décembre il devait mettre des combine de laine en plus de ses culotes. Avec ses pantalons usés à la hauteur des genoux il pouvait dissimuler des ombres et des lumières mais conséquemment, l’ajout de combine de laine obstruait sa vision de façon telle que la noirceur lui avait étouffé la vue.

Je pouvais m’imaginer dans la peau de « La canne » pilotant son corps avec des yeux à la place des genoux. Il pouvait bien ne pas être agile. Il s’était écouler plusieurs heures et beaucoup de litre de sang depuis le tragique incident du coup d’hache et j’avoue q’à ce moment bien précis je me suis dit en moi-même: « Voilà, je suis confronté a ce que peu d’homme peuvent subir sans mourir je vais me concentrer pour produire du sang dans mon organisme » Ce que, vous-vous doutez n’a pas fonctionné. Certains sages ont dit : « en situation de crise, garde ton sang froid. » Ce que j’ai réussi a faire à merveille car mon sang se conservait dans la neige. Était-ce un éclair de génie, un miracle ou simplement le destin qui décidait que le destin de la canne et le mien devait s’unir, je ne sait pas. Le grand Suif sorti son couteau, il empoigna « la canne », le maîtrisa par terre sous un cheval de traie et fit ce qu’il avait été fait pour faire. De ses mains pleines de pouces, il pris la hache à refendre et d’un coup, lui coupa le pied à la hauteur de la cheville. Il se dépêcha de m’aligné ma jambe coupé sur la sienne pris mon lacet et nous cousûmes ensemble afin que son sang puisse me faire vivre.

Dans sa maladresse, Suif pensa sacrifier le fisse de foreman, dit « la canne », pour me faire vivre, ce qui était très légitime compte tenu de la situation. Mais à la place, il fit de nous deux un être à part entière lié par un pied.

Plus jamais les choses ne seront pareils...

Voici les points positifs observés :
- Je suis maintenant attaché au foreman par le biais de son fisse, ce qui assure mon emploi.
- J’ai maintenant des yeux au niveau de ses genoux (malgré que ceci ne me permet pas de voir dedans.)
- Notre état ne nous permet plus le travail de bras.
- J’ai plus besoin de miroir pour voir ce que l’on ne peut pas voir c’est « La canne » qui me dit comment c’est fait.

Voici les points négatifs observés :
- Problème de posture surtout assis sur une chaise.
- La course à pied est à proscrire de même que la danse en ligne.
- Enfiler un pantalon est un explois rocambolesque

vendredi 9 avril 2010

"La penture"




Nous ôtre dans le bois, quand y a un gars qui tousse épi qui eurnifle, on y met un peu de térébrntine dans sa soupane du soir. Pis là, erien qu'après on y donne une tite ponse de cire à soulier fondu dans une tranche de pain. Pis là on sait, tous les gars pis moé, ben qui va faire la "penture": ça ca veut dire en bon Canayen qui farme boutique: l'espace d'un instant yé là... pis l'espace d'une seconde yé pus là pantoute. Les gars, ça gage là dessus: y va ti tombé à gauche, à dret, sul ventre, sul dos...

Le gros Boulet ( on l'apelle demême parce qui est gros et laid) entécas y a tombé sul poêle à bois Drolet Le scieur. Peux tu te dire yinque une affaire? un poêle à bois ça se bât en verra avant de mourrir. Eille! il l'a fait tasser de deux pieds et demi... Jusque là, c'était pas si pire c'est quand la cheminé à dépelotonner... Vous m'excuserez l'expression grivoise, mais la boucane dans le campe pis le feu qui pogne après nos turques d'habitant graisseuse qui chessaient yinqu'au dessus.

Là je vous parle du feu pis toute, mais quand le feu est pris dans un campe demême, ca s’appelle prend tes clic pis tes claques pis dé-ka-li-sse. Heille, on as tous réeussis à sortir à temps mais dans l’euphorie du moment pis la boucanne, on pensait pus pantoute au gros « Boulet ». Apres quecques heures, on s’est dit qu’y avait dû brûler avec le campe pis toute le stock, ca doit, parce que ça fait une couple de semaine de tca pi parsonne là vu au chantier. Nu ôtres dans le bois on farme notre yeule avec ça on en a pas parler au foreman pantoute. Entécas dans tout ce malencontreux incident une chance que « Maringoin » (on l’appelle demême parce qu’il a le trou arrière de décharge du canayen partiellement bouché par du poil de raie. Cela a fait comme un filet devant...épis, ca gazouille quand y pète) pour en revenir avec "Maringoin", quand il a vu la boucanne pis le feu ya fait ni un ni deux, ya sauvé le chapeau du pot des gagures du feu. La beauté de la chose c’est que le pot a pas été gagné par parsonne. Ya parsonne qui avait gagé Le gros Boulet la face sul poêle... Fait que on vas remettre les gagures au prochain malade...