
Le Pâdré de Saintétole (dépêcher par nul autre que l’abé Pissette) est arrivé vers les cinq heures et cinq du matin. Les gars penses qu’y vient pour nous absoudre de nos péchés pis donner l’extrême onction aux malades. Aujourd’hui dimanche, dans le campe épis aux alentours, l’atmosphère est au recueillement.
C’est Ernesto Bérubé dit Timoine qui là fait dépêcher. Ben en fait c’est le boucher de la place dit Farnand épis Rosario Labranche dit Tumouche qui ont suggéré à Timoine d’écrire au Pâdré de Saintétole. Ben en fait c’est moé qui a dit à Tumouche épis à Farnand de parler à Timoine de ce que pourquoi qui faut faire venir le Pâdré.
Timoine, Farnand épis Tumouches, c’est des compagnons de couchettes. Icite au campe on dors trois de haut : Tumouche couche en haut, Timoine couche dans le milieux pis Farnand couche en bas parce qu’il a l’enjambé courte. Comme on dit par icite, yé pas greillé pour courir dans la fardoche épis le cotoyage. Fait que c’est pour ça qu’il est boucher, yavait pas le choix.
Icite dans le bois, les péchés sont choses communes : les jurons et les vices de toutes sortes sont de coutumance. Disons, qu’il faut vivre avec le péché sur la conscience. Mais la conscience, c’est comme une canisse de tabac, je m’explique : c’est légers quand c’est vide. C’est lourd quand c’est plein. On peut mettre un couvert dessus. De loin, y se ressemble toutes. Y’a pas toujours du tabac dedans. De par sa grosseur, la canisse tout comme la conscience est limité par l’espace. Exemple, on ne peut pas mettre une barate de beurre dedans. Mais là ou je veux en venir c’est que tu as ben beau la laver pis la relaver pis la faire chesser pis l’arlaver, ça vas toujours sentir le tabac dedans. C’est idem pour la conscience, quand le péché est trop gros ou bedon qu’il y en a trop, faut faire venir le pâdré de Saintétole au campe. Ça nous déculpabilise sur le coup pi tipeu à tipeu, on recommence à la remplir.
Ça faisait ben dix fois que Tumouche prenais « la grand marche » pour descendre de son lit de sapinage c’te semaine. Prendre la grand marche pour ceux qui ne le savent pas c’est pareil que débouler en bas de son lit; je m’explique : comme on a pas le temps de prendre toutes les barreaux de l’échelle quand on déboule, c’est comme si y’avait juste une marche et dépendamment la hauteur de la chute, cette marche est plus ou moins grande selon le cas. Le problème, c’est qui voulait pas nécessairement descendre pis encore moins en dormant. Comme je le vous disais, Tumouche dors en haut pis yé grand pis maigre fait que quand y tombe en bas, ça fait comme un bruit sec sul prélar. Pis les bruit sec, ça, ben ça réveille Farnand. Tout le monde dans le campe sait que Farnand yé prime. Yé prime en crisse comme on dit icite. Yavarti pas, y dégaine tout de suite. C’est une vrai machine à bine. Tu y dit bine pis avant que tu ais fini de dire le « e » de bine tu as déjà une bine sul bras ou bedon là déyousse que son poing est arrivé.
Pis quand Farnand s’réveille, ça réveille tout le monde. Ça réveille tout le monde parce que quand qui sort de son sommeil, Farnand a tendance à se lever dret yinque d’une shotte pis y se trouve à se péter la le front en dessour du grabat à Timoine. Ceci le contrari un peu et par conséquent, sans avertir, aussi subitement que la névrisse surprenant le pauvre mortel, y te dégaine une mornifle su Tumouche. Quand ça fait dix fois dans la semaine que Farnand se pête le front. Quand ça fait quinze fois que Tumouche encaisse les coups, on se ramasse avec un boucher magané du desus des yeux pis un Tumouche narveux.
Jusque là, tout le monde mettait la faute su ste pauvre Tumouche. Mais moé, avec ma perspicacité pis mes insomnies et aussi à la demande des deux éclopés, j’ai décidé de faire la watche une nuite de la semaine passé afin de comprendre le comment du pourquoi et le qui du où.
Je m’étais assis sur une chaise barçante à un château, pour faire le moins de bruits possible. Tout le monde sais que deux château de bercante ça fait deux fois plus de bruit que juste un. C’était un peu instable mais c’était le prix à payer pour élucider « le mystérieux mystère de la grand marche ».
Une ambiance feutrée régnait dans le campement endormi. La braise ardente chauffait à bloc le poêle à bois Lesieur. Les bas d’ouvrages chessant sur la corde a linge installée à la mode de l’Ouest embaumait l’air d’un parfum nonobstant. Dehors, la lune pleine, créait une mi-pénombre réconfortante à l’intérieur. On pouvait discerner parmis les nombreux ronflements, les ronflements gras en cascade d’Élzéor Boutin. « Le Gueilleux » comme on l’appelle. Pour faire une histoire courte, juste pour vous en glisser un mot, Gueilleux c’est le gars le plus bégueilleux que j’ai vu (ou que j’ai entendu devrais-je dire) de ma vie. Non seulement y bégueille en parlant pis en chantant, y bégueille en ronflant. À matin, c’est pas mêlant, en se levant on l’entend dire ous ous ous ous ous ous... pis à midi ya pas encore feni sa phrase on l’entend : que que que que que que que ..... Pis au break de l’après midi on l’entend : jai jai jai jai jai jai jai jai jai ....Pis au souper on l’entend encore : mis mis mis mis mis mis mis mis mis.... C’est pas mêlant grand pâpâ a eu le temps d’acorder ses musiques à bouches sur la note Mi du « gueilleux »... Épis après le gin d’après souper : mes mes mes mes mes mes mes mes mes mes.... pis quand on se couche on l’entend encore mais là on est comme tanné : bas bas bas bas bas bas bas bas bas bas bas bas bas... Pis on tapercoit dans le coin à côté de la table le fisse du Foreman avec les bas du « Gueilleux » Osti, vous ne me crèré peut-être pas mais ste crisse de fisse de Foreman là avait caché les bas du gueilleux dans sa cannisse de tabac. Nu otres, icite au campe, des jokes demême; de rire des infirmes comme ça, ben nus otre dans le bois, on trouve ça ben drôle. Fait que ce soir là, on s’est toute eurgarder dans le campement à part Gueilleux pis on s’est toute faite un clin d’œil... Gérard, « le tenancier » comme on l’appelle icite parce que c’est le meilleur pour faire les drink à pentures. Fait que Gérard à sorti le gin de pauvre pis sa cire à soulier pis sa tranche de pain pis ya malaxé toute ça pour « Gueilleux ». Gueilleux s’est pas obstiné pantoute pour boire le mélange, faut dire qu’a dix gars, on était assez persuasif. Quand il là eu toute bu, on a compter jus qu’a dix dans un décompte enivrant. Be ding, Gueilleux à fait la penture jusqu’a terre. Fait qu’on sort les bas du Gueilleux pis on prend une cuillère de bois pis on y rentre les bas dans le fond de la gorge en espérant qui vont y bloquer la voix.... En effet, depuis ce jours, on l’entend plus parlé mais y respire fort en six bols. De là les ronflements en cascade.
Y devait être à peu près deux heures trente six, ben je dit à peu près parce que je ne pouvais pas voir l’horloge à cause des bas qui était suce pendus après l’horloge. Une chose est sûre, il était passé deux heures et demi du matin parce que le coucou avait chanté six fois passé deux heures. Ça ne prend pas la tête à Papino pour comprendre ça... Tout d’un coup, un léger fourmillement dans les pieds. Puis ça s’intensifie pis ça prend des allures de trot pis de galop épis de grand galop. Pareil comme quand on se couchait sur une track de chemin de fer quand on était jeune parce qu’on voulait voir le desour de la locomotive à vapeur. Dans ma tête, pleins d’images de tourmente, je pense aux esprits épis pis aux tremblements de terre à la fin du monde... Mais, juste quand j’allais me tirer en dessour de la couchette au cas où le plafond nous tombe su la tête j’y tapercu la face tout crispé de Timoine dans la mi-pénombre pleine lunienne. Yétait aussi crispé qu’un démon se consumant dans les feux de l’enfer. Pis y chéquait tellement fort pis tellement vite qu’il était pas capable de retenir son corp pis ses bras. Fait que ni une ni deux, je me lance su Timoine pour essayer de l’arrêter mais je ne me doutait pas que Tumouche allait me tomber dessus. Tumouche y dors dûr pis après cinq menutes, léger comme il est, ya tasser d’un pouce à seconde envers la Grand marche épis bedingbedang de beding de bedang vla Tumouche qui me tombe sur la tête. Jusque là j’étais encore corect mais quand Farnand s’est réveillé d’un coup sec, y s’est pété léquimauve sur le dessour de la couchette à Timoine, y m’a pris pour Tumouche pis vlan dans les dents. Ben je dit dans les dents en fait c’était plus sur la bouche une chance que mes dents trempais dans ma canisse de tabac. Y m’aurait péter le partiel.
Dans cette embardé nuptiale, la couvarte de catalogne de Timoine glisse à terre pis j’y t’aperçoit Timoine pus de canisson à paneaux. Y se tenait le muscle défendu à deux mains pareil comme un possédé. C’est là que j’ai pris la décision de parler à Tumouche épis à Farnand de parler à Timoine de ce que pourquoi qui faut faire venir le Pâdré de Saintétole. Fait que c’est pour ça qu’aujourd’hui dimanche, dans le campe épis aux alentours, l’atmosphère est au recueillement.



