samedi 10 avril 2010

La prison d’la grand saison





"La prison ce n’est pas des murs, ni des gros bras, ni d’la mauvaise bouffe, ni des couvres feux..."

Icitte dans le bois, la prison, not prison, c’est plus grand que ça c’est plus gros que ça et c’est plus fret que ça. Depuis deux mois la neige nous as cernés, encerclés, clouâtré. Mâ dire comme les gars d’icite : « On vient rien que d’arrivé, on se voit encore dans le reflet de not hache neuve pis on a déjà hâte à drave. » Le vent a venté, le fret à fretté pis nos nez ont coulés pareil comme le gros Boulet su a rivière pitchoum vous vous en rappelez. Partout dans les chemins, la neige a neigé : 6 pieds de froideur, étoufant arbrisseaux et plante aborigène.

Puis un jour, aussi soudainement que temporellement, tel un bon coup de diarrhée volcanique (Dieux sait que not alimentation est tarabiscoté de féculents pâteux épis de couenne de lard salé, la diarrhée que l’on appelle ici « la grand vague brune » est à nos portes pour ne pas dire à nos panneaux) Enfin, en ces journées de décembre, nous arrivent le grand blues de Noël et je ne parle pas de la chanson. La « ritournoële » que ça s’appelle. En bon Canayen Français, ça veut dire qu’on déserterais ben le campe une secousse... histoire d’aller voir nos femmes épis de (faudrait pas que le curé voit ce qui est écris en arrière de c’te parenthèse). Peu importe, icite, la «ritournoële» est de retour comme à tout les ans.

C’est évident, icite dans le bois, on essaye de pas le faire paraître devant les gars mais des fois, quand on souffle la chandelle le soir après la ponce de 6 heure, on entend ernifler pis c’est pas à cause de la grippe. Les gars sont triste y pensent à leu créatures, à leu enfants qui voyent plus grandir le temps d’une saison, « la grand saison ». Comme y disent : « On part, y sont couchés pis on revient pis y sont à quatre pattes » (y = nos enfants). Non mais j’aime autant faire des éclaircissement parce qu’on sait jamais quand tèsse qu’il y a un membre du clergé qui va tombé là-dessus.

La grand saison est ben prise épis le campe sent la ritournoël. Pour nous faire plaisir pis pour mettre le campe dans l’esprit de noël, Goulache le gars de l’entretien, a pris un peu de sapinage en dessous de son grabat pis ya fait un bouquet en forme de sapin. Y a attaché ça avec de la ficelle de bogey en dessour du St- Jude de plâtre dans le coin à côté des pôt de chambre. On se croîerait à grand messe de menuit tellement c’est beau. On veille autour de t’ca en silence en se bercant pareil comme y avait de quoi de sacré qui se passerait. Pis ça sent bon à part de ça parce qu’il a vidé sa canisse d’eau de Cologne de Paris dessus. Ben on sait pas trop si c’est l’eau de Cologne qui sent ça ou bedon les tipôt mais on se pose pas trop de question parce qu’icite dans notre modeste logis, les odeurs vagabondent et s’entremélangent pour former ce parfum soit disant non négligable. Disons si je peut me le permettre, que des fois entre les pitounes des mûrs, y a des interstices ousqui manque d’étoupe épis y a parsonne qui veut étancher l’air frais qui rentre.

Si c’était pas des les histoires d’horreur que l’on entend de part et d’autre et que l’on ne sait ni vrai ni fausse, je serait déjà parti avec ma réguine comme ces courageux mort. Une chance que je n’ais plus de bas propre car l’idée de prendre le large ou la poudre d’escampette si vous préférer me tiragouine l’esprit. Tous ceux qui connaissent un peu les rigueurs de l’hivers savent bien que des bas sales c’est humide pis qui dit humide pis fret, dit jambe gelé ou « syndrome de la canne blanche ».Pis qui dit « canne blanche », dit garôt. Pis qui dit garôt, dit couteau sale. Pis qui dit garot pis couteau sale pis fret pis bas humide pis baboche pis boucher dit amputation de la jambe et par conséquant gros bobo et peut-être gangraine.


On est à dix jour de Noël pis je me sent comme épivardé dans mes souvenances. J’me rappelle le temps ou on russisait à farmer la « courte saison » (Ça c’est l’été pis l’automne ensemble) avec une belle récolte. Nos caveau à patate était plein de patate not garde manger était plein de manger épis nos bas de laine avait moins de trous qu’aujourd’hui. Si seulement j’avais pas vendus mes dix arpent de terre défriché à bras d’homme par mon pére! Si seulement j’avais eu moins de goût pour le jeu et plus de chance au cartes je serait pas là en train de d’écrire ça...

Entécas, vous autres en bas, savourer vos fêtes à grande bouchés. Embrassez pis collez surtout vos femmes de ma part serrez les juste assez pour pas le curé vous remarques. Regardez vos enfants naître pis ramper pis marcher à quatre pattes pis pousser des chaises pis tomber pis pleurer pis seurlever pis retomber pis pleurer pis seurlever, pis marcher pis eurnifler pis tousser pis faire des caca pis du vomis partout sul prelar ciré...

Le soir de Noël, regardez au Nord, non plus haut que ça, juste en dessour de l’étoile du Nord pis penser au canayens comme moé poigné icite dans « la prison d’la grand saison »...

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