
La frédure est poigné au campe, ben je dis au campe... (Quand je dit au campe ça veut dire dans le campe pis dehors aussi.) Icitte dans le fin fond des bois, au Nord du Nord, le fret est glacial et menaçant. Y fait tellement frette que le foreman nous as interdit de travailler plus que douze heures en ligne.
Enfin, un foreman qui prend soin de ses gars. Hier j’étais en train de bûcher un gros pin blanc de 4 garsdetour. Ça c’est une unité de mesure de grosseur d’arbre : ça veut dire que ça prend 4 gars pour faire le tour en se tenant les mains. Mais nus ôtre dans le bois, les rapprochements, on aime pas ben ben ça fait qu’on aime mieux compter en garsdépauleàépaule c’est moins écoeurant fait que tout ça pour dire que 4 garsdetour ça équivaut si on tchèque dans la chartes de conversion à 9 gars garsdépauleàépaule. Vous pouvez vous imaginer que c’était un arbre à peu près arrivé à maturité. Si j’en reviens à ce que je vous disais, pour ne pas m’épivarder, j’étais en train de bûcher ste pin blanc là dret comme comme un mât de de tononnier.
Ça faisait à peu près sept heure que moé pis Rosario Labranche dit « le grand tumouche » on l’appelle demême parce qu’il n’y a pas parsonne en dix vies qu’y a déjà vus un gars tuer les mouches aussi vite que lui. Ya des oreilles trans-cosmiques, les mouches, yé entends je ne vous ment pas, à 1 mile et demi de distances. Pis ya des grandes mains plates pis moles... pis des bras longs comme des pivoines... pas de tuteurs : Quand yé deboute, ses majeurs y arrivent aux chevilles. Vous allez dire que j’exagère mais si vous le croisez vous allez comprendre. Nus ôtres dans le bois, on pense que le bon Dieu là fait pour les tuer les sacrements de mouches sales comme on les appelles par icite. Quand on y dit ça au « grand Tumouche » y nous dit simplement qui s’est pris les mains dans la laveuse à tordeur quand yétait flot pis ya tiré assez fort que les bras y ont rallongé. De fil en aiguille, je m’écarte un peu mais je voulais simplement que vous puissez visualiser le personnage qu’était mon helper d’hier.
Pour en revenir à nos moutons, ou plutôt à nos pin blanc, ça faisait sept heures que l’on essayais moi pis le « grand Tumouche » de mettre à terre ste gros arbre là. On était à la hache pis au godendart pis à la hache pis au godendart. Y faisait dehors moins 87 en degré ciel suce je ne vous ment pas, on inspirait de l’air fret pis de la neige qui tombait des branches pis on expirait de la glace. Et à vrais dire, on était un peu exténuer et du fait, on y mettait les bouchées doubles : Tumouche sciottait avec le godendart de la main droite pis hachais de la main gauche, je vous le dit, ce n’était plus un humain, c’était devenu une machine-outil. Pis un moment donné, plus rien, le silence. Fait que moé avec toute ma spontanéïté, je lâche ma pipe pis ma sandwiche de ballonné gelé, j’enlève ma couvarte de catalogne, j’me lève debout pis là quand ça là arrêté de tourner, et que mes yeux on finalement fini par faire focus, j’ai taperçu Tumouche pareil comme une statue de sel. Yétais gelé dure deboute, et en plein élan de hachage, et dû à l’inertie de sa hache plombé, le bras y a coupé sec en bas d l’humérus. Fait que ni une ni deux, je prend la veste à carreaux que Tumouche m’avais prêté et je l’enfroque comme je peux, histoire de le réchauffer et ainsi éviter l’hypothermie. Courageux comme un galérien et valeureux tel un stoïcien, je monte Tumouche sur mon dos et je marche envers le campe qui était a quelque pas de là. À ce moment précis, j’ai su que le sauvetage de Tumouche reposait sur mes épaules.
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